La pédogogie du vivant

Sauve-toi, la Vie T'appelle

Auteur : Boris Cyrulnik

Le printemps est tardif cette année. GINKGO a pris son temps pour produire de nouvelles feuilles… !
C’est encore une invitation à découvrir un parcours de vie et à comprendre la construction de son propre chemin.

A l’occasion d’échanges sincères, nous avons tous entendu ou nous sous sommes plus ou moins exprimés en ces termes : « Attention à ne pas remuer inutilement les souvenirs douloureux… Réveiller le passé, c’est bon pour les gens qui ne vont vraiment pas bien… Pas pour moi… ! ».

Cette dernière production de Boris CYRULNIK n’est pas destinée à polémiquer sur nos croyances, c’est un témoignage vivant qui permet de mesurer la puissance  de la mémoire dans la construction d’une vie, une belle occasion pour se poser ensuite la question des choix que nous offre notre propre histoire de vie.

La mémoire est Vivante !

En bons cartésiens, nous sommes tous en capacité de faire le récit de notre parcours de vie au travers de scènes que l’on jure, mordicus, avoir vécues !

De fait, pas forcément, ou en tout cas pas seulement ! Notre mémoire se charge de redéfinir les images, pas seulement les contrastes, mais bien les faits recomposés qui nous permettent de construire une image de moi qui nous préserve, satisfait l’environnement et nous valorise.

Cette capacité d’effacer, de remodeler, de réinventer en permanence sa vie, n’est pas un bug, c’est la preuve du potentiel de survie, d’adaptation et d’évolution de chaque être humain, dans/avec/pour son environnement.

L’incroyable potentiel de vie de l’enfant…

Les 3 chapitres sur les 5 sont dédiés à l’enfance de l’auteur.

Bien sûr, l’histoire de cette enfance, se tisse au fil des pages les plus noires de l’Histoire du XXème siècle. Mais ce qui est le plus étonnant c’est cette similitude entre les images, les sensations et les expériences de l’enfance que nous avons tous vécues, quel que soit notre environnement propre.

La lecture si rafraîchissante de ce témoignage tient certainement à l’effet de stimulation de notre propre mémoire d’enfant.

Des questions s’imposent à postériori : « Qu’ai-je fait de cette énergie vitale de l’enfance ? Qu’est-elle devenue ? Est-il concevable de s’y reconnecter pour dépasser les turpitudes du quotidien ? Perd-on nécessairement cet élan vital avec la maturité ?

Manifestement, seul un vrai travail sur son histoire permet de prendre la mesure de ce que signifie Vivre en situation de précarité et de dépendance par rapport à son environnement.

« Notre principale liberté consiste à chercher le milieu où l’on pourra se développer selon nos espérances ou à façonner le milieu qui va nous façonner. Quand on est pris dans un contexte, il s’imprègne dans notre âme et fait de nous ce que nous sommes…pour l’instant. » (Page 130)

Cette citation résume merveilleusement l’espace de développement de tous les êtres vivants : migrer, explorer, maîtriser, se découvrir en acceptant la réalité nue et têtue.

Les points de suspension offrent à chacun un instant de silence pour projeter le sens de son existence,  notre espace de développement et de liberté. C’est dans cette espace d’humanité que se loge notre juste pouvoir d’imaginer, projeter, créer et entreprendre.

Reste, le prix à payer de cette liberté : « On est mal à l’aise quand on doit choisir entre le bonheur dans la servitude qui nous sécurise et le plaisir du cheminement personnel qui nous isole. »

Que nous ayons choisi à ce jour, le chemin du bonheur sécurisant et/ou celui du plaisir de la liberté, ce qui importe, c’est vivre ces choix, passés ou futurs, en conscience.